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Notre histoire

Pour la dignité des exilé.e.s :
Le combat d’Utopia 56

Historique d’une association citoyenne

Les débuts d’Utopia 56 dans la « jungle » de Calais

A la fin de l’année 2015, les images diffusées du petit Aylan étendu sur une plage grecque choquent le monde entier. Suite à ces images, ainsi que celles de la jungle de Calais, un vaste élan de solidarité émerge et de nombreuses associations se créent.

Aussi sur son canapé devant la télévision, Liam demande à son père Yann : “Tu fais quoi Papa?”

Yann Manzi et Gaëdig, son épouse, partent le week-end suivant pour Calais pour aider pendant trois jours dans l’association Salam. A la suite de ces trois jours, Yann appelle son fils aîné Gaël pour l’alerter sur la situation et ils partent trois semaines sur le terrain. Ils s’aperçoivent alors que la coordination citoyenne sur le terrain est inexistante. Le bénévolat est mal organisé, les bénévoles sont très peu encadré.e.s. En outre, la grande majorité des bénévoles (90%) sont anglais.es. Ils font part de leurs observations à leurs familles et ami.e.s. Ayant beaucoup travaillé en festivals, Yann (régisseur des campings aux Vieilles Charrues), Gaëdig (assistante de direction pendant 10 ans au Festival Interceltique de Lorient) et Liza (régisseuse technique au FIL, encadrant de vastes équipes de bénévoles) pensent avoir les compétences pour encadrer et créer des équipes qui viennent en aide aux exilé.e.s, suite à un constat alarmant de la situation sur le terrain. Ils repartent en Bretagne et créent une association le 15 Janvier 2015, Utopia 56, pour encadrer le bénévolat et donner une opportunité de s’engager sur le terrain, sans formation ni engagement de temps minimal requis. L’association se donne également pour but de donner un autre regard sur la situation migratoire en permettant à tou.te.s de venir constater par elles et eux-mêmes la réalité du terrain.

La jungle de Calais (septembre 2016, un mois avant son démantèlement).

Gaël commence alors à coordonner le bénévolat. Il rencontre les associations anglaises et l’Auberge des Migrants, et fait parvenir des dons en camion depuis la Bretagne. Il constate aussi que la jungle est le bidonville le plus sale d’Europe et Utopia 56 répond à l’appel à l’aide de Médecins Sans Frontières et Médecins du Monde sur l’état sanitaire de la zone. Les équipes commencent à s’organiser pour le nettoyage du bidonville de la jungle de Calais et petit à petit, apportent une aide à l’école sous forme de cours de français et dans la Belgium Kitchen, qui distribuait à l’époque jusqu’à 1500 repas par jour. Chaque semaine, de plus en plus de monde se présente à Calais pour aider, jusqu’à 35 bénévoles par jour. L’organisation sur le terrain se met en place et des bénévoles mettent à profit leurs connaissances professionnelles pour améliorer l’organisation interne de l’association et du travail sur le terrain. Au même moment, nous rencontrons un élu EELV de la ville de Calais qui nous parle du camp du Basroch, à 35km de Calais (Grande-Synthe).

Les premiers bénévoles, au ramassage des déchets de la Jungle. 

Grande-Synthe, la coordination associative et citoyenne du camp de la Linière

Damien Carême (maire de Grande-Synthe) et MSF construisent un camp aux normes HCR pour sortir ces populations Kurdes de ce camp indigne, contre l’avis de l’État, qui fait tout pour que ce projet ne voit pas le jour. En collaboration avec nos associations partenaires, nous allons prendre la coordination associative de ce camp pendant plusieurs mois, à son ouverture en mars, tout en continuant notre mission à Calais. La mobilisation citoyenne est impressionnante, et des gens de toute l’Europe viennent aider.

                  

Nous avons encadré 10.000 journées de bénévolat dans ce camp (60 bénévoles/jour en moyenne) en collaboration avec 54 associations. Nos missions consistaient en un accueil 24h/24 des exilé.e.s, la construction de cuisines collectives au bois, une laverie ouverte 24h/24, des magasins de distribution de couvertures, vêtements, kits hygiène, la construction et gestion d’un espace dédié pour les femmes, une aide au cabinet dentaire, un centre éducatif pour enfants, des cours de français et anglais pour adultes, etc.

Vue du camp de Grande-Synthe (juin 2016). // Une distribution de repas.

Atelier construction dans le camp. // L’entrée de la cuisine, au camp de Grande-Synthe. // Tente thé-café, lieu de convivialité.

Au vu de la réussite de ce camp et au bout de trois mois, l’État, sous couvert d’une association qu’il finance (l’AFEJI), reprend le camp et commence à faire enlever les cabanes et imposer des restrictions d’accueil (uniquement des familles avec enfants). Nous étions impuissant.e.s face à de mauvaises décisions aux conséquences désastreuses en terme de sécurité et d’accueil. MSF décide de quitter le site en août, car il n’a plus rien a voir avec le camp à accueil inconditionnel décidé par les autres associations et la mairie. Utopia 56 reste pour assurer une transition jusqu’au 30 septembre 2016 mais décide également de quitter le camp afin d’exprimer son désaccord politique vis-à-vis de sa gestion.

NB : Le camp de la Linière finira par brûler en avril 2017, suite à une mésentente entre communautés, due à la disparition progressive des cabanes et l’augmentation de la population à l’intérieur du camp.

Echec de la Linière et démantèlement de la « jungle » : le retour à Calais

Fin octobre 2016, le bidonville de Calais, appelé « La Jungle », est démantelé. Quelque 7000 exilé.e.s sont dirigé.e.s vers des CAO (centres d’accueil et d’orientation) et CAO MI (mineur.e.s isolé.e.s) à travers la France. Avec L’Auberge des Migrants, Utopia 56 distribue 15 000 flyers en arabe, amharic, tigrinya, farsi, pashto pour que les exilé.e.s puissent rester en contact avec les associations. Une plateforme Info CAO est mise en place par L’Auberge et Utopia 56 pour aider les citoyen.ne.s à s’organiser pour aider dans les régions. Utopia 56 met aussi en place un numéro d’appel d’urgence pour les mineur.e.s isolé.e.s. Les adolescent.e.s sont suivi.e.s, aidé.e.s, parfois hébergé.e.s. Des groupes Utopia 56 s’organisent en région à Lille, Lyon, Tours, Saint-Brieuc, Brest, Quimper, Rennes…

 

Match de football avec des mineurs isolés, à Brest.

Suite aux nouvelles directives à Grande-Synthe, Gaël  décide de retourner dans la jungle à Calais, avec de petites équipes de 5 à 10 personnes et de reprendre les premières missions de l’association : nettoyage, aide à la distribution de la Belgium Kitchen, cours à l’école, gestion de la Warehouse (hangar interassociatif). Cela signe le vrai début de l’interassociatif à Calais et le début de la mise en place d’actions juridiques en soutien aux exilé.e.s. Nous travaillons en interasso sur la communication pour le respect des droits des exilé.e.s et des demandes d’asile. Petit à petit, le nombre d’exilés, mineurs comme majeurs, augmente de nouveau et des distributions fixes sont mises en place.

L’État met alors en place une politique de harcèlement des exilé.e.s, mais aussi des aidant.e.s (entrave aux distributions alimentaires, contraventions, violences physiques et verbales envers les bénévoles, violences physiques et verbales aux exilé.e.s, destruction de matériel, vol de chaussures, téléphones…). Pendant plus de 6 mois, la police empêche les exilé.e.s d’avoir accès à du matériel de mise à l’abri et à la nourriture. Les associations attaquent l’État en justice pour faire respecter les droit fondamentaux des réfugiés à Calais (point d’eau, sanitaires, non-entrave des distributions des associations citoyenne, maraudes pour les mineurs). Suite à cela, et à l’issue du procès gagné par les associations, l’État devra mettre en place une distribution alimentaire. Encore aujourd’hui, agir à Calais, c’est s’exposer à une répression importante.

Contre les campements de rue : un Centre de Premier Accueil à Paris

A Paris, au mois de juin 2016, juste au moment où l’État reprend le camp de Grande-Synthe, une délégation de la mairie de Paris vient nous rencontrer à Grande-Synthe pour nous parler de son projet de Centre de Premier Accueil (CPA) à Paris. La mairie de Paris veut faire face à l’arrivée massive de plusieurs milliers d’exilé.e.s qui créent des campements insalubres dans la capitale ; l’État s’oppose à ce projet mais la mairie tient bien. Le Centre de Premier Accueil se situera Porte de la Chapelle, avec une capacité de 400 places en rotation, le temps d’orienter les exilé.e.s vers les dispositifs de l’État. Nous nous assurons que ce camp sera inconditionnel sur son accueil. Nous faisons part à la mairie de Paris de nos craintes que se crée un campement devant le centre. Nous validons avec la mairie de Paris de prendre part à une mobilisation citoyenne pour ce projet en ayant 20% de nos actions à l’intérieur et 80% à l’extérieur du centre.

 

Vue de la bulle d’accueil du centre humanitaire Porte de la Chapelle // Queue devant le centre (février 2017)

A l’intérieur, nous assurons l’organisation de collecte vestimentaire dans Paris et la distribution de ces collectes à l’intérieur et dans la rue. A l’extérieur, nous aidons à la gestion de la file d’entrée et l’accompagnement des mineurs vers le dispositif d’évaluation de minorité de la Croix Rouge (DEMIE) ainsi que la gestion du campement qui s’est effectivement installé devant le centre. Nous compterons jusqu’à 2700 personnes en attente d’entrer dans le CPA. Les populations des campements sont laissées à l’abandon, nourries et équipées par des collectifs et associations citoyennes dont Utopia 56. Nous constatons aussi des dysfonctionnements dans la prise en charge des mineurs. La nuit, nous organisons une veille sanitaire et des distributions de couvertures et de chauferettes.

Petit à petit, l’État, qui ne voulait pas de ce camp, met aussi la main sur ce dispositif en mettant en place un tri des populations via le dépôt des empreintes en préfecture, afin de vérifier si les personnes sont dublinées (voir Le règlement Dublin, catalyseur de la crise de l’accueil en Europe) et de façon à les envoyer vers un hébergement dans le cadre de leur expulsion. Nous nous opposons vigoureusement à ce tri et constatons l’impuissance de la Mairie.

En septembre 2017, nous dénonçons la politique d’accueil de ce centre et nous le quittons pour intensifier nos actions dans la rue.

L’échec de ces deux projets nous aura confirmé que l’État veut garder la main sur la politique migratoire et aucun.e élu.e, citoyen.ne ou organisation ne peut interférer dans la gestion de ces populations très longtemps sans y être fortement entravé.

2019/2020 : nos trois missions autour de hébergement solidaire, des maraudes de distributions et maraudes sociales

A l’ouverture de l’antenne d’Utopia 56 Paris, à l’automne 2016, en commençant à intervenir dans le centre humanitaire de Porte de la Chapelle, nous observions chaque soir, à la fermeture du centre, des familles remises à la rue. Spontanément et par le bouche-à-oreille, des particuliers ont commencé à accueillir chez eux ces familles, femmes seules et femmes enceintes. C’était le début de notre réseau parisien de mise à l’abri d’urgence.

A partir de 2017, une équipe de Médecins sans Frontières nous a rejoint sur l’hébergement solidaire des mineur.e.s isolé.e.s. Aujourd’hui, des mineur.e.s isolé.e.s sont hébergé.e.s partout en France chez des particuliers, en partenariat avec Médecins sans Frontières dans plusieurs régions.

Retrouvez ici une page dédiée à l’histoire de notre programme d’hébergement solidaire.

Dans chaque antenne d’Utopia 56, à Calais, Lille, Paris, Rennes, Toulouse et Tours, nous développons un projet autour de trois principales missions :

  • Maraudes de distributions de repas, vêtements, produits d’hygiène, matériel de mise à l’abri (tentes, couvertures, etc.)
  • Maraude sociales d’orientation : comment faire la demande d’asile en France, comment être protégé en tant que mineur.e isolé.e, où se soigner, où se vêtir, où dormir,  etc.
  • Hébergement solidaire : pour les familles sur du court terme en Ile-de-France et pour les mineur.e.s isolé.e.s isolé.e.s sur du moyen et long terme partout en France, leur permettant de se reposer et d’avancer dans leurs démarches administratives d’asile ou de protection. Ce programme permet également, chiffres à l’appui, de forcer les pouvoirs publics à ouvrir des places supplémentaires d’hébergement.

 

Au-delà, nous poursuivons nos missions de sensibilisation des citoyens et de plaidoyer.

 

                

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