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Utopia 56 pendant l’évacuation de la jungle de Calais et post évacuation

02 nov 2016

Utopia 56 pendant l’évacuation de la jungle de Calais et post évacuation

Les bénévoles Utopia 56 accrédités pour entrer dans la jungle de Calais ont surveillé les conditions d’évacuation. Ils sont intervenus lorsqu’ils ont été témoins d’un tri au faciès des mineurs isolés. Ils ont contacté le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) pour permettre à 17 mineurs isolés d’être mis à l’abri par les autorités juste avant la nuit. Dans le cadre du plan d’incendie mis en place par l’Auberge des Migrants, ils ont enlevé une soixantaine de bouteilles de gaz laissées à proximité du Centre d’Accueil Provisoire où étaient hébergés 1 500 mineurs. De nuit, ils ont donné des couvertures et du thé aux réfugiés qui dormaient sous le pont à l’entrée de la jungle. Ils ont mis en garde les journalistes sur certaines informations données par les autorités. Et tout au long du démantèlement, ils ont tenté d’informer au mieux et de rassurer les réfugiés, malgré la confusion du dispositif de l’État.  

Depuis, des équipes de nuit travaillent en maraude à Calais et Grande Synthe, avec deux téléphones d’urgence, pour les réfugiés adultes et pour les réfugiés mineurs. Autour des CAO, dans les associations locales et derrière les ordinateurs, en lien avec les réfugiés, ça bossssssse !

Un référé-liberté

Vous le savez. Utopia56 fait partie des 11 associations qui ont déposé un «référé- liberté» au tribunal administratif de Lille pour tenter de retarder cette évacuation. Nous n’étions pas contre cette opération mais nous estimions qu’elle était prématurée, que les réfugiés étaient peu ou mal informés, que la question des mineurs était mal gérée, etc. Précisément, nous demandions «la suspension de la décision d’expulsion ». La justice n’a pas pris en compte nos inquiétudes et l’évacuation a démarré le lundi 24 octobre. Au début, nous avons constaté les sourires des réfugiés heureux de monter dans les bus…

Des documents distribués aux réfugiés

Avant et pendant l’évacuation, nous avons distribué 15 000 petites cartes de visites qui donnaient en 5 langues (Tingria, arabe, anglais, pashto, amaric) l’adresse d’une page facebook et d’une adresse mail à l’intention des réfugiés. C’est une initiative «plateforme CAO, Auberge des Migrants, Utopia56 »  Ce petit texte dit : « From the volunteers in Calais, we care about you ! If you have any problèm in your accomodation CAO center, contact us through this FB page or email».  Nous avons aussi distribué et fait remplir par les réfugiés (et nous continuons) ce que nous appelons les «pass», c’est-à-dire des documents que les réfugiés peuvent présenter à des policiers en cas d’interpellation. 

Tri au faciès des mineurs isolés

Dimanche, lundi, mardi, … nous assistons à des scènes choquantes quand au traitement des adolescents, notamment un tri au faciès par les travailleurs sociaux habilités par l’État, puis par les forces de l’ordre. (cf communiqué de presse du mardi 25 octobre).  Les ados dorment à même le sol devant le Sas, par peur de ne pas être les premiers dans la file d’attente le lendemain. Il fait froid… 

Le téléphone d’urgence mineurs d’Utopia 56 

Des bénévoles Utopia se sont formés à la reconnaissance orale des langues pashto, amaric, tingria. Les mineurs isolés parlent peu l’anglais. Nous avons préparé et imprimé un flyer en anglais, français, arabe, amaric, pashto qui donne un numéro d’urgence Utopia 56 à l’intention des mineurs. Nous savons que nous ne distribuerons pas ce flyer si l’évacuation se passe correctement, pour ne pas rajouter de confusion dans l’esprit des adolescents, déjà confrontés à des informations contradictoire.  Nous donnons ce flyer aux bénévoles des autres associations susceptibles d’être en contact avec des enfants.  Nous prévenons le parquet des mineurs de Boulogne sur Mer et la sous préfecture de cette initiative «Utopia 56/Auberge des Migrants».  A ce jour, ce téléphone a permis de prendre soin de 4 mineurs de la jungle (3 arrivés à Grande Synthe, 1 à Paris).  

Faire en sorte que les mineurs ne dorment pas dehors

Mercredi en début d’après midi, la prise en charge des mineurs isolés par l’État a été stoppée faute de places au Centre d’Accueil Provisoire (1 500 places).  Ces enfants sont refusés au Sas. Christian Salomé, président de l’Auberge demande au sous préfet si nous pouvons distribuer des tentes aux adolescents. Ces jeunes ne peuvent pas dormir dans leurs cabanes, détruites par le feu, ou en proximité de risque de feu. Le sous préfet répond par la négative et assure que des solutions vont être proposées.  En début de soirée les portes du Sas (le hangar provisoire de l’État) se sont rouvertes. Encore fallait-il que les mineurs le sachent. Pas d’information, pas de mégaphone, pas de traducteurs professionnels au travail… Contacté par Utopia, le HCR nous confirme à 19H45 de possible mises à l’abri de mineurs, pendant encore quelques minutes. Pendant 45 minutes, les bénévoles Utopia passent d’un groupe de réfugiés à l’autre pour repérer les plus jeunes.  Des petits de 13, 14 ans ne veulent pas entendre parler de « lits » ou de « mises à l’abri ». Ils préfèrent rester avec les adultes de leur nationalité, même s’il ne s’agit pas de parents.  Par petits groupes, d’autres mineurs nous font confiance.  Ils sont 17 à accepter de ne pas passer la nuit dehors. 

Suivre les mineurs

Nous échangeons les téléphones avant de les voir rentrer dans le hangar. Le lendemain, l’un d’entre eux,  A., orphelin somalien de 17 ans, nous fait savoir qu’il a été envoyé en Charente-Maritime. Or il veut passer en Angleterre. Il est en attente d’une procédure de réunification familiale. Nous sommes en lien avec la direction de la structure qui l’accueille et  madame le maire de la commune. A suivre, comme d’autres cas. 

Évacuer des bouteilles de gaz

Dans la nuit du mardi au mercredi 28 septembre, des feux ont démarré dans la jungle. Or, les bouteilles de gaz utilisées par les 10 000 réfugiés sont encore sur place. Nous constatons que les pompiers et les forces de l’ordre ne les évacuent pas. Encadrés par deux bénévoles SSIAP (agent de sécurité incendie), quelques bénévoles Utopia56 sortent de la jungle une soixantaine de bouteilles de gaz, en ciblant des espaces près du Centre d’Accueil Provisoire (les conteneurs qui accueillent 1 500 mineurs). D’autres associations ont effectué le même travail. Nous n’avons pas d’estimation du nombre total de bouteilles de gaz évacués par les associatifs. 

Tenter des contre-feux médiatiques

Qui a mis le feu ? L’enquête n’est pas terminée. La préfète du Pas de Calais Fabienne Buccio explique sur BFMTV qu’il s’agit « d’une tradition de la population migrante de détruire leur habitat avant de partir. » Sur le terrain, nous n’en revenons pas ! Comment l’État peut-il affirmer une chose pareille ? C’est honteux et dangereux alors que dans certains villages de France, des habitants craignent l’arrivée des réfugiés.
Nous faisons immédiatement un sms à une cinquantaine de journalistes que nous savons être en situation de couvrir l’évacuation.  Utopia 56 et l’Auberge des Migrants récusent toute tradition de ce type. Nous demandons une distance politique et médiatique jusqu’à la fin de cette enquête. 

Des couvertures la nuit 

Trois équipes Utopia56 effectuent des maraudes de nuit, avec des couvertures, du thé et les «pass» à faire remplir aux réfugiés et à utiliser en cas d’interpellation. 

Nous constatons qu’un hélicoptère tourne,  y compris la nuit. Sans doute pour repérer d’éventuels mini-camps. 

Un phoning à 80 mairies des Hauts-de-France

Pendant ce temps, des bénévoles non accrédités ont appelé environ 80 mairies des Haut de France pour rechercher des hébergements d’urgence pour les familles refusées à Grande Synthe. Des échanges de mails ont eu lieu avec certains… C’est un dossier en cours. D’autres bénévoles ont travaillé à l’entretien des véhicules et au nettoyage de nos lieux d’hébergement. Et franchement les Utopia, vous pourriez faire un peu plus le ménage (lol, quoi que…) !

Et maintenant?  

Nous continuons notre « veille » et aide aux réfugiés dans le secteur de Calais et Grande-Synthe. On a fait partir des tentes et du matériel de Calais à Paris… On bosse.

Partout en France, des bénévoles s’investissent sur les plateformes facebook infocao (par région administrative) pour soutenir les associations investies dans ou autour des  Cao. 

Des volontaires travaillent aussi derrière leurs ordinateurs pour répondre aux réfugiés qui nous contacte sur le mail ou la page facebook inforefugees. 
On vous remercie pour votre confiance. On vous aime. Le «bureau du love » d’Utopia reste ouvert. Ceci est une plaisanterie interne aux bénévoles longs termes d’Utopia… mais le bureau reste vraiment ouvert…