Suivez-nous sur : facebook

Retour sur 18 mois d’activité sur la jungle de Calais

21 oct 2016

Retour sur 18 mois d'activité sur la jungle de Calais

Communiqué de presse de l’Auberge des Migrants et d’Utopia 56. 

L’actuelle jungle de Calais s’est créée quand le gouvernement a ordonné à tous les réfugiés de Calais de s’installer sur un grand terrain à l’est de Calais en mars 2015. Aujourd’hui, 300 bénévoles y  travaillent tous les jours. Ils pallient les carences de l’État et ont aidé les réfugiés à organiser une véritable ville.  Cet élan de générosité citoyenne et d’échange avec les migrants a été remarquable. 

Se pencher sur l’historique de ce bidonville  peut permettre de parler de cet élan citoyen, de la relation avec la ville, des initiatives communes des réfugiés et des bénévoles (églises, mosquées, commerces, écoles, sport…), des services mis en place par les O.N.G. (santé, nettoyage, aide juridique, protection des mineurs isolés, cinéma, théâtre…), des artistes venus sur le camp.

 

- L’Auberge des  Migrants est une association calaisienne créée en 2008. En collaboration avec Help Refugees, elle gère un entrepôt, une cuisine, des ateliers divers, pour préparer les distributions dans le camp. Elle communique et participe aux démarches juridiques avec les autres associations d’aide aux réfugiés. 

- Utopia 56 est une jeune association française qui propose l’encadrement de bénévoles. 3 000 adhérents ont aidé à ouvrir et gérer le premier camp humanitaire de France à Grande-Synthe. Des bénévoles travaillent à Calais, Paris et partout où l’urgence l’exige.

 

Historique rapide de la jungle. Quelques repères.

 

A partir de 1995 . Les premiers réfugiés, la plupart venant de l’ex-Yougoslavie en guerre, arrivent dans le Calaisis, pour essayer de passer par le port ou le Tunnel. Ils sont en partie hébergés au centre de Sangatte ouvert par la Croix Rouge en 1999. En 2002, le centre de Sangatte est fermé. Des jungles se constituent, ou se reconstituent après leur évacuation.  

Mars 2015.   Le gouvernement  demande aux réfugiés éparpillés dans une dizaine d’endroits à Calais (squats, halls de bâtiment, jungles) de se regrouper sur un terrain  d’environ 40 ha qui appartient  la mairie et à la région. Après une période de flottement, les réfugiés acceptent. 1200 personnes déménagent en un mois. Emmaüs, le Secours Catholique, l’Auberge des migrants et Salam leur fournissent avec difficulté le nécessaire pour survivre. 5 à 600 migrants  refusent dans un premier temps de quitter les lieux : ils seront chassés vers le camp entre mars et juillet.

 

Juin 2015. 3 000 réfugiés environ survivent sur le camp. A la suite de passages massifs par le Tunnel, les médias affluent, et le gouvernement commence à renforcer la sécurité autour du port, du tunnel et de la gare de Calais-Frethun. Les effectifs de police passent de 600 à l’été 2015 à 2000 fin 2015. Calais se décore partout de grillages et de barbelés. Tout l’été 2015, l’aide internationale et les bénévoles affluent, dans un chaos certain, avec notamment des distributions sauvages de denrées et de matériel. Des camions de collecte déversent leurs cargaisons à l’entrée du bidonville, parfois dans la boue. Dans la pagaille, on voit défiler les journalistes, des artistes,  des touristes ….

Automne 2015. Il y a 7 000 réfugiés en septembre 2015. Le camp devient un bidonville. Les réfugiés ont commencé en effet à construire des cabanes. Le Secours Catholique, puis MSF et Help Refugees / L’Auberge des Migrants construisent entre juillet 2015 et janvier 2016 près de 2 000 abris en bois. En février 2016, personne ne dort plus sous la tente. Partout des restaurants, des épiceries, des échoppes de coiffeurs, de réparateurs de vélo se bâtissent, ainsi que des mosquées  deux églises, des écoles…

 

Artistes et architectes participent au développement des lieux de vie, créent un théâtre et proposent des animations et des activités. Les associations assignent l’Etat au tribunal administratif pour faire augmenter le nombre de points d’eau, obtenir de l’éclairage et un service de nettoyage et d’enlèvement d’ordures. Bénévoles et réfugiés ont humanisé ce camp.

 

A partir de l’automne 2014, le gouvernement a mis en place un début de politique humanitaire :  un accueil pour les femmes, route de Saint-Omer ; le centre   Jules Ferry, avec la nouvelle Maison des Femmes, des repas, des douches, ouvert début 2015 ; le Centre d’Accueil Provisoire (C.A.P. : les conteneurs) en décembre 2015 et mars 2016. A partir de octobre 2015, il ouvre des centres d’accueil et d’orientation partout en France, le plus loin possible de Calais.  

En parallèle en effet, le gouvernement veut casser la dynamique urbaine qui se constitue et diminuer le nombre de réfugiés. Il nivelle en décembre 2015 une bande de 100 mètres le long de la rocade portuaire et de la route de Gravelines, détruisant déjà un grand nombre d’abris et une église. Il détruit le bidonville Sud en mars 2016, malgré la démarche judiciaire de 8 associations  et de réfugiés, qui n’obtiennent que la protection des «lieux de vie». En juillet 2016 il fait fermer les restaurants et épiceries et envisage leur destruction.Les associations gagnent leur action en justice contre ce projet le 12 aout. Mais l’Etat va en cassation et gagne en octobre 2016.

 

Une grande partie des réfugiés chassés de la zone Sud se sont installés dans la zone Nord du bidonville, qui, avec les nouveaux arrivants, passe de 1 500 personnes en mars 2016 à plus de 10 000 en septembre 2016. Le bidonville devient à nouveau un camp de toiles, car le  gouvernement a interdit à partir de mars l’introduction de tous matériaux de construction. Les  conditions de vie se dégradent, la précaire sécurité des cabanes ne protège plus que les deux tiers de la population.  Des rixes éclatent au printemps et au début de l’été du fait de la surpopulation et du mélange entre communautés, qui n’ont plus la place pour se regrouper. Le nombre de mineurs isolés explose pour dépasser un millier. Un certain nombre d’artistes ou de porteurs d’initiatives culturelles ne reviennent plus. Mais l’action des associations se poursuit. Elles assurent les deux tiers des besoins alimentaires, tous les besoins en vêtements, chaussures, tentes, couvertures, en aide juridique, et l’essentiel de la protection des mineurs isolés, dont seuls 200 sont hébergés au C.A.P.

 

Le démantèlement du camp

Le lundi 5 septembre une  manifestation de routiers, commerçants, agriculteurs, salariés du port, très médiatisée, demande le démantèlement du camp. Le gouvernement décide d’ouvrir un grand nombre de places nouvelles en C.A.O. et en C.A.D.A. (Centres d’accueil pour demandeurs d’asile) pour évacuer la totalité du bidonville.Le 26 septembre, François Hollande se déplace à Calais et annonce que l’ensemble des camps du Nord et Pas de Calais, et toutes les structures d’accueil vont disparaître. Programmé le 17 octobre, le début de l’opération est reporté, du fait de la difficulté de protéger les mineurs isolés, que le Grande-Bretagne ne veut pas accueillir en totalité. Le démantèlement se prépare dans la plus grande confusion.