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Des réfugiés enfants sont victimes d’abus illégaux de la part de la police, selon un rapport

06 déc 2018

Des réfugiés enfants sont victimes d’abus illégaux de la part de la police, selon un rapport

Un nouveau rapport révèle environ mille cas d’atteintes au droits de l’homme à l’encontre de réfugiés vivant à Calais dans une grande précarité, y compris des mineurs non accompagnés aussi jeunes que 13 ans.

L’Auberge des Migrants, Refugee Info Bus, la Cabane Juridique et Utopia 56, quatre associations caritatives basées dans le nord de la France, ont publié un rapport aujourd’hui (mercredi 5 décembre) révélant l’envergure des pratiques abusives de la police à Calais.

Ce rapport relève 972 cas de violence physique disproportionnée, d’utilisation de gaz lacrymogène, de destruction de propriété personnelle et d’autres atteintes au droits par les forces de l’ordre.

Les données ont été collectées entre novembre 2017 et novembre 2018 par des bénévoles ayant fondé une équipe d’observation des droits de l’homme (Human Rights Observers – HRO) afin de documenter les atteintes aux droits par les autorités. 244 cas de violence policière à l’encontre de réfugiés ont été recensés.

Il est fait état d’un total de 153 incidents en relation à des agents chimiques, communément désignés sous le nom de gaz lacrymogène, et 124 cas de violence physique dont beaucoup de victimes ont nécessité des soins médicaux.

Un incident particulièrement choquant concerne un Érythréen mineur non accompagné de 16 ans qui a perdu un oeil, ainsi que l’odorat et l’ouïe d’une oreille après que les CRS ont tiré du gaz lacrymogène en direction d’un attroupement de réfugiés afin de les disperser pendant que d’autres agents procédaient à l’expulsion en dehors de leur lieu de vie.

La victime a affirmé que la balle de caoutchouc a été tiré à 10 ou 15 mètres de lui par un agent de police qui visait son visage.

Un bénévole anglais qui a été témoin de l’incident a dit : « Les CRS ont lancé du gaz lacrymogène avec des armes et le ciel s’est rempli de fumée. À travers la fumée, j’ai vu un garçon porté par ses amis, couvert de sang. Il avait été atteint à l’oeil et on ne pouvait pas l’emmener à l’hôpital… Ses amis pleuraient, c’était un groupe de mineurs et lui-même n’avait que 16 ans. »

Un mineur non accompagné de 13 ans venant d’Afghanistan, qui dormait à la rue, a aussi été victime de gaz lacrymogène et de coups par les autorités.

Dans le rapport, un homme afghan de 32 ans témoigne : « La nuit dernière, la police a aspergé Nour* aussi, et il lui ont donné des coups, avec le bâton, vous savez, le bâton électrique, deux hommes, très gravement, ils l’ont frappé à la station-service. »

De plus, sur la période d’étude, 393 opérations d’expulsion ont été documentés à Calais. Elles se déroulent à grande échelle tous les deux jours, avec 2 ou 3 opérations par jour, forçant les réfugiés à quitter leurs zones de vie.

La légalité de ces actions reste incertaine, étant donné qu’aucune réquisition ou document officiel n’ait été montré sur le moment. Beaucoup d’individus ont aussi indiqué souffrir de problèmes physiques ou psychologiques à la suite de ces opérations.

Le rapport documente aussi 389 exemples de comportements abusifs de la part de la police, y compris des incidents concernant la destruction d’effets personnels, des contrôles d’identité, des arrestations et des dispersements.

D’après le témoignage d’un garçon éthiopien de 15 ans : « On dort sous le pont. La police dit de ne pas dormir sous le pont. La police prend le sac de couchage de mon ami et après la police met du spray [agent chimique]. On va au commissariat, pendant une heure. On est arrêtés. Après la police dit : “Go” ».

D’après les données collectées, 160 arrestations de réfugiés ont eu lieu. Les individus ont rapporté que les raisons de leur arrestation étaient rarement communiquées et que lors de gardes à vue ou de retenues, leurs droits à un avocat, un interprète et un médecin étaient également bafoués régulièrement.

Des enfants de moins de 18 ans ont aussi été arrêtés, même après avoir informé les agents de leur âge.

Charlotte Head, coordinatrice de Human Rights Observer, a commenté : « La situation à Calais est intenable. Les bénévoles reçoivent divers rapports de violence policière de la part de personnes exilées chaque jour, en allant de personnes frappées pendant leur sommeil, à des individus ayant été aspergé d’agent chimique dans la bouche. Leurs droits fondamentaux sont violés par les mêmes autorités censées les protéger. »

Le rapport demande qu’une enquête soit conduite au sein des diverses corps des forces de l’ordre, ainsi qu’un hébergement adéquat et des services de protection de l’enfance fournis par l’État pour éviter aux enfants vulnérables d’être encore plus en danger.

Charlotte ajoute : « Ce rapport souligne un niveau particulièrement inquiétant de pratiques abusives et inhumaines, et ces actes d’abus systématiques doivent immédiatement cesser. »

Pour la défense des droits fondamentaux des réfugiés et la fin de la violence policière en France, contactez le Ministre de l’Intérieur (www.interieur.gouv.fr/Contact/Ecrire-au-ministre-de-l-Interieur) pour faire pression sur le gouvernement afin de conduire une enquête sur ces pratiques. Un modèle de lettre est disponible ici: https://bit.ly/2PgJmtz

Il y a actuellement environ 1500 réfugiés vivant dans les zones industrielles ou boisées à travers Calais et Dunkerque, y compris plus de 100 mineurs non accompagnés et 10 familles. Ces communautés comprennent des hommes, des femmes et des enfants en provenance de: Érythrée, Éthiopie, Soudan, Sud-Sudan, Afghanistan, Yémen, Iran, Syrie, Irak, Kurdistan, Pakistan et ailleurs.

Le rapport intitulé ‹Rapport sur les violences à Calais : Pratiques abusives et illégales des forces de l’ordre› est disponible ici : https://bit.ly/2G8vvWO

L’Auberge des Migrants est une association française ayant oeuvré pendant 10 ans aux côtés de réfugiés dans le nord de la France. Refugee Info Bus est une association britannique fournissant de l’information en plusieurs langues, ainsi que du WiFi gratuit aux réfugiés en Grèce et dans le nord de la France. La Cabane juridique est une association qui offre de l’aide juridique et défend les droits des réfugiés.Utopia 56 est une association opérant à Calais, Paris et ailleurs pour fournir de l’aide humanitaire aux réfugiés.