Inscrivez-vous à la newsletter

Suivez-nous sur : facebook

Partout en France, les personnes exilé.e.s à la rue et précaires sont laissées à leur triste sort pendant la pandémie de covid-19

08 avr 2020

Partout en France, les personnes exilé.e.s à la rue et précaires sont laissées à leur triste sort pendant la pandémie de covid-19

Ces dernières semaines de (non)confinement pour les personnes à la rue ou vivant dans des logements très précaires, exilé.e.s ou non, furent incroyablement éprouvantes. L’indifférence des pouvoirs publics quant à leur prise en charge dans le cadre d’une grave crise sanitaire nationale, la cruauté et l’acharnement dont peuvent faire preuve les forces de l’ordre… 

Les équipes (très restreintes) restées sur le terrain pour les accompagner ont dû adapter leurs missions pour répondre à leurs besoins et compenser l’absence de la majorité des associations de terrain, qui se sont retirées à l’annonce du confinement. 

Comme vous le savez certainement, nos stocks ont beaucoup diminué car, en l’absence de nos pairs associatifs, nous sommes parmi les dernières associations à maintenir nos distributions de tentes, de couvertures et de produits d’hygiène, et ce dans l’ensemble de nos antennes. C’est pourquoi nous avons décidé de créer des cagnottes locales, pour que vous puissiez nous soutenir dans cette épreuve et dont vous trouverez les liens à la suite des nouvelles concernant les antennes ci-dessous. 

Photo de Ben Ruecker (2020, Paris)

À Calais :

Malgré les mesures nationales de confinement de la population en réponse à la pandémie du COVID-19; près d’un millier de personnes sont toujours en danger, à la rue. De nombreu.ses.x exilé.e.s sont toujours bloqué.e.s à la frontière franco-britannique et survivent dans des campements, sous les ponts, et dans les rues, dans des conditions inhumaines et dégradantes. 

Les droits fondamentaux continuent chaque jour d’être bafoués même au coeur de la crise sanitaire que nous traversons. L’accès à l’eau, à la nourriture, à l’hygiène est plus que compromis. L’accès à l’électricité a été coupé par La Vie Active (association mandatée par l’Etat), les téléphones s’éteignent donc jour après jour. Accéder à une information actualisée et dans une langue comprise, maintenir le lien avec ses proches et sa famille, ou la possibilité d’appeler les services d’urgence tels que le 15 ou le 112 devient impossible.

Ces conditions extrêmement dangereuses sont les même dans lesquelles survivent au moins 160 mineur.e.s isolé.e.s présent.e.s dans les campements. Le contexte actuel expose ces enfants à un risque encore plus accru de traite, de servitude, et d’exploitation, ceci dû au retrait partiel - parfois total - des acteurs.trices de la protection de l’enfance. 

Nos équipes et les exilé.e.s constatent une hausse des violences policières, avec notamment des témoignages de violences physiques gratuites sur des personnes isolées ou en petits groupes. Les expulsions forcées des lieux de vie informels continuent quotidiennement et aggravent la situation des personnes concernées. Entre le 16 mars (début du confinement) et 4 avril 2020, 54 expulsions ont eu lieu. La politique hostile d’épuisement envers les exilé.e.s continue au moment même où il est le plus urgent qu’elle s’arrête.

Au moment où la situation sanitaire, matérielle et humaine des exilé.e.s à Calais s’aggrave, du fait de la diminution des services apportés par l’État et par les associations; au moment où tous les messages officiels évoquent la nécessaire solidarité et encouragent les associations humanitaires; les forces de l’ordre continuent à verbaliser et intimider les associations. Nous comptabilisons déjà quatre amendes, dont deux pour avoir filmé les forces de l’ordre.

Utopia 56 a régulièrement alerté et interpellé les autorités compétentes, depuis le 5 mars 2020, sur l’urgence de mettre en place des dispositifs de mise à l’abri adaptés aux personnes exilées ainsi qu’une prise en charge sanitaire adéquate, pour faire face à la pandémie. Un mois après, seules 93 personnes ont eu accès à un hébergement, une maraude sanitaire coordonnée entre Médecins Du Monde, la Croix Rouge, la Protection Civile et l’hôpital a enfin été  mise en place, mais reste a ce jour largement insuffisante.

L’antenne calaisienne d’Utopia 56 continue chaque soir de marauder, et aller à la rencontre des personnes vulnérables, pour informer, orienter, distribuer du matériel et des repas. Nous participons aussi aux distributions de bois de notre partenaire le WoodYard, qui permettent aux personnes de se réchauffer. Chaque après-midi nous cuisinons une cinquantaine de repas pour nos maraudes, depuis le retrait de notre partenaire Refugees Community Kitchen. 

Au delà de notre travail de terrain, nous continuons nos actions de plaidoyer et de communication pour alerter sur cette situation anormale, à Calais comme à Grande-Synthe.  Cette négligence de l’État met en danger de mort des centaines de femmes, enfants et hommes.

Participer à la cagnotte d’Utopia 56 Calais

En maraude à Calais (photo Marguerite Combes)

À Lille :

Depuis le 27 mars, nous constatons l’ouverture de places en hébergement d’urgence annoncées par le communiqué de presse de la préfecture du Nord le 19 mars. Certaines personnes ont été hébergées en chambre d’hôtel ou en auberge de jeunesse. Ainsi, deux tiers des personnes vivant sur la Friche-St-Sauveur ont été hébergées, mineur.e.s non accompagné.e.s en recours inclus. Les personnes restantes ont fait le choix de ne pas partir pour des craintes liées à leur situation administrative.
Enfin, les mineur.e.s non accompagné.e.s en évaluation ont également été orienté.e.s vers des foyers gérés par le département.

Néanmoins, nous croisons toujours des personnes à la rue. C’est dans ce contexte que nous poursuivons nos maraudes, plusieurs soirs par semaine. Nous leur apportons un soutien matériel et essayons de les orienter le mieux possible. 

Notre objectif est d’alerter et mettre en garde les autorités sur l’extrême vulnérabilité des personnes à la rue dans un contexte de risques sanitaires majeurs. Les associations et collectifs agissant auprès de la population rom alerte également sur la promiscuité des bidonvilles dans la métropole lilloise, où vivent à peu près un millier de personnes.

Participer à la cagnotte d’Utopia 56 Lille

À Paris :

À Paris, la mise à l’abri des publics, exilés ou non, vivant à la rue ou dans des logements précaires fait défaut… Fin mars, l’évacuation d’un campement informel situé à Aubervilliers où vivaient environ 700 personnes a mené à une importante mise à l’abri. Malheureusement, aucune autre opération similaire n’a eu lieu depuis, alors qu’il reste encore plusieurs centaines de personnes à la rue. De surcroît, ces 700 personnes ont été logées pour la majorité dans des gymnases, réquisitionnés le temps du confinement. Nous tenons à dénoncer cette pratique : si nous considérons qu’un hébergement en gymnase d’une 50aine de personnes est, en temps normal, une atteinte à la dignité de chacun.e, il nous semble qu’il s’agit d’une aberration en temps de pandémie

Quant aux familles, celles-ci jouissent d’une certaine fluidité dans leur prise en charge par la Mairie. C’est toutefois encore insuffisant, puisque nous sommes encore contraint.e.s de loger plusieurs familles chaque soir (environ une centaine de personnes depuis l’annonce du confinement). Nous logeons également quelques mineur.e.s en recours, qui ne rentrent dans aucun des dispositifs prévus pendant le confinement. Si de nombreuses associations travaillant avec les mineur.e.s non accompagné.e.s se sont mobilisées dès le début de la crise pour payer des chambres d’hôtel, nous continuons malheureusement de suivre de nombreux jeunes à la rue. 

La violence policière, qu’elle soit verbale, physique ou symbolique, envers les exilé.e.s et personnes à la rue n’est tristement pas nouvelle, et ne date certainement pas du confinement. Pourtant, ces dernières semaines nous avons reçu de la part des personnes que nous rencontrons en maraude un nombre de témoignages de ce genre d’actes bien supérieur à d’habitude. Les personnes en tentes sont chassées, qu’il s’agisse d’hommes seuls ou de familles, leurs tentes sont régulièrement lacérées à coups de couteau quand elles ne sont pas entièrement détruites ou mises à l’eau, ainsi que leurs couvertures et effets personnels. Les mineur.e.s non accompagné.e.s, obligé.e.s de passer par un commissariat pour obtenir une place en foyer d’urgence, se voient opposer des refus de prise en charge, des “Ils l’ont bien cherché” ou “La seule solution avec eux c’est le lance-flammes”, quand ils.elles ne se font pas gazer. Les forces de l’ordre commencent même à s’attaquer aux distributions alimentaires : ils.elles ordonnent aux personnes de se disperser, les menaçant d’user de gaz lacrymogène, car les rassemblements sont interdits. Comment faire, quand les distributions alimentaires se sont raréfiées, quand on a pas le choix que d’aller au même endroit que tout le monde pour pouvoir manger ?

L’antenne parisienne d’Utopia 56 a dû modifier et ajuster ses activités à un contexte inquiétant et changeant. Nous réalisons aujourd’hui trois maraudes par jour et réalisons quatre maraudes de nuit par semaine où nous informons, orientons et distribuons des biens de première nécessité (tentes, couvertures, produits d’hygiène, vêtements et nourriture). 

La crise du COVID-19 nous a amené à travailler avec de nouveaux publics : les travailleurs.euses pauvres et les personnes précaires vivant dans des squats. Ces personnes, qui auparavant pouvaient acheter à manger avec leurs faibles salaires se sont trouvées en grande difficulté lorsque le confinement a été annoncé. En effet, ils.elles occupaient majoritairement des emplois peu stables, parfois non déclarés, et beaucoup ont vus leurs sources de revenus disparaître, alors même que les distributions alimentaires devenaient plus rares. Avec d’autres associations, comme Médecins du Monde, nous visitons régulièrement les squats où ces personnes sont installées pour leur apporter notamment des produits d’hygiène. Nous avons également décidé, très naturellement, d’inclure dans nos lieux d’hébergements les femmes seules et les familles non exilées qui ont besoin de notre aide.  

Participer à la cagnotte d’Utopia 56 Paris

À Rennes :

Il reste encore de nombreuses personnes à la rue malgré le confinement. Leur mise à l’abri incertaine rend leur survie d’autant plus difficile que de nombreuses associations ont dû fermer leurs portes le temps du confinement. 

Dans ce contexte, les équipes d’Utopia 56 Rennes ont décidé d’intensifier leurs maraudes : nous en réalisons maintenant 3 à 4 par semaine avec deux véhicules (l’un se concentrant sur l’hyper-centre de la ville et l’autre sur ses abords) entre 19h et minuit. Celles-ci s’adressent à toutes les personnes à la rue et sont réalisées en collaboration avec d’autres associations qui viennent habituellement en aide aux SDF et ont été contraintes de cesser leurs actions (Entourage, Gamelles pleines, Bulles solidaires, Cœurs résistants, etc.). Un site Internet inter-associatif a été créé pour recenser l’ensemble des services ouverts et disponibles pour es personnes à la rue pendant la période du coronavirus. 

Les objectifs de ces maraudes sont la distribution et l’information des personnes autour des dispositifs encore ouverts, l’orientation vers les services compétents, l’écoute et le recensement des besoins. À titre d’exemple, le 29 mars nous avons rencontré 72 personnes à la rue mais 96 lors de la maraude du 5 avril.

Bien sûr, le travail que réalise l’antenne rennaise d’Utopia 56 concernant notre programme d’hébergement long terme des mineur.e.s non accompagné.e.s en recours ne faiblit pas pour autant ! L’équipe continue de discuter avec les jeunes et les familles qui les accueillent par téléphone chaque semaine.

Participer à la cagnotte d’Utopia 56 Rennes

En maraude à Renes (photo Livia Saavedra)

À Toulouse :

Dans la ville rose on compte 4 200 personnes à la rue ou vivant dans des logements très précaires, comme des squats. Pourtant, les mises à l’abri n’arrivent pas… Des discussions ont été entamées pour organiser des solutions d’hébergement visant les personnes qui vivent en squats à la suite de plusieurs rixes violentes, mais seules des femmes et des familles pourraient en bénéficier. Comme ailleurs, la plupart des acteurs.trices associatifs.ves se sont retiré.e.s du terrain l’annonce du confinement, ce qui rend, à Toulouse aussi, l’accès à l’eau et à la nourriture difficile pour les personnes à la rue ou précaires

C’est dans ce contexte que l’antenne toulousaine d’Utopia 56 a commencé à réaliser chaque soir des maraudes inter-associatives avec notamment Médecins du Monde et le Secours Catholique. Il s’agit alors de distribuer des biens de première nécessité (produits d’hygiène, vêtements, couvertures, tentes, nourriture), d’orienter mais aussi de s’enquérir de l’état de santé de chacun.e et d’enseigner les gestes barrières à tous.tes. 

Comme à Rennes, le travail d’Utopia 56 Toulouse ne s’arrête pas concernant notre programme Accueillons ! Nous continuons de répondre aux questions de potentiels.elles nouveaux.elles hébergeurs.euses et  nous continuons d’assurer par téléphone un suivi hebdomadaire des jeunes et des familles qui les accueillent. Une bonne nouvelle nous est arrivée cette semaine : un des jeunes accueilli.e.s à Toulouse a été reconnu mineur par le Tribunal des Enfants et va être pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) ! 

Participer à la cagnotte d’Utopia 56 Toulouse

En maraude à Toulouse (photo Antoine Bazin + photo de une)

À Tours :

Le 17 mars, lorsque le confinement a été annoncé pour toute la France, nous avons envoyé un message à tous.tes les hébergeurs.euses pour savoir s’ils.elles pouvaient continuer à accueillir les jeunes qui étaient chez eux.elles durant le confinement. Ils.elles n’ont pas hésité et 24 jeunes sont donc restés confinés chez leurs hébergeurs.euses

C’est une nouvelle occasion de souligner l’engagement et la solidarité de dizaines d’hébergeurs.euses solidaires et bénévoles qui accueillent à leur domicile des jeunes abandonnés par les institutions depuis des mois. Devoirs à distance, jeux avec les enfants, danses endiablées en famille, les hébergeurs.euses ont comme toujours débordé d’imagination. Pour eux tous : un grand MERCI ! Merci pour les jeunes que vous protégez et merci pour toutes les valeurs de solidarité que vous incarnez au quotidien !

Pour les jeunes du Plan B confinés à l’hôtel, nous avons pu faire passer par les assos mandatées par l’État des colis avec les livraisons que vous aviez déposé avant le confinement (biscuits,lait ou sardine etc…) ainsi que des kits d’hygiène. Mais aussi des devoirs, ceux envoyés par les professeurs et d’autres préparés nous-mêmes, afin que les jeunes ne perdent pas totalement leur année scolaire et continuent de progresser ! Pour eux, rater ces précieuses heures de cours peut avoir des conséquences importantes : ils n’ont pas beaucoup de temps et doivent intégrer des formations qualifiantes avant leurs 18 ans pour espérer obtenir un titre de séjour plus tard… Des bénévoles les appellent chaque jour pour maintenir le lien, savoir si tout va bien, travailler les devoirs à distance.