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Expulsion du squat « 5 étoiles », 200 personnes aux destins incertains

02 juil 2019

Expulsion du squat « 5 étoiles », 200 personnes aux destins incertains

Au matin du 4 juin, environ 200 personnes ont été expulsées de leur lieu de vie, le squat “5 étoiles”, situé rue Jean Jaurès à Lille. Depuis novembre 2017, ces personnes y vivaient dans des conditions insalubres et inhumaines.

Cette décision a été prise par le Préfet du Nord, sans attendre la décision de justice, rendue le 6 juin, qui a accordé 3 ans supplémentaires aux habitants du squat pour s’organiser et quitter les lieux.

Environ 40 mineur.e.s ont été placé.e.s dans un foyer à Armentières. Ces jeunes étant tous en recours de minorité, ils risquent d’être rapidement mis à la porte. Environ 60 personnes ont été emmenées en CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation) à Amiens et Beauvais et en CAES (Centre d’Accueil et d’Examen de Situation administrative) à Nedonchel et Croisilles. Cette solution d’hébergement reste provisoire. Environ 60 personnes ont été emmenées en CRA (Centre de Rétention Administrative) à Lesquin, Coquelles, Mesnil Amelot et Metz. La majorité d’entre elles étaient en possession d’un récépissé valable, c’est-à-dire d’un document d’identité leur permettant de circuler en France.

Cela fut très rapide. En quelques minutes des casques lourds nous faisaient face. Nous ne voulions qu’une chose, soutenir et rassurer nos amis. Nous avons eu la violence, des cortèges de CRS, comme s’ils venaient chercher des criminels, dès le début le dialogue était rompu, impossible. « Nous on reçoit des ordres, on les applique, c’est tout. » En centre-ville de Lille, mais toujours si bien caché, sans vagues. Dehors, c’était des cris, la course, l’affrontement. Bien sûr qu’il y avait de la résistance. Dedans, c’était le calme, le vide, comme si le temps s’était arrêté. Nous sentions petit à petit que ces instants au sein du fameux squat « 5 étoiles » seraient les derniers. Rassurant pour nous qui dénoncions ce lieu si lugubre, inhumain ? Oui. Mais pour aller où ? Pour quoi ? Beaucoup d’émotion, de la rage, de la peine, du doute de revoir ces personnes devant partir en bus, peut-être à l’autre bout de la France, peut-être en centre de rétention ? Voulant aider nos amis à préparer leurs effets personnels, nous avons été contraints de force à quitter les lieux, sans ménagement. Ils avaient pris place dans ce lieu qu’ils avaient bien ignoré auparavant. Encerclés par ces chers bonshommes en armures, crime de solidarité. Eloignement forcé. Dialogue toujours inexistant.

Nous avons plus que jamais besoin de matériel de mise à l’abri, en particulier de tentes.

Après l’expulsion du squat et l’expulsion de 15 mineurs du foyer de Lille, notre liste d’attente a atteint les 60 personnes. Plus que jamais, nous sommes à la recherche de nouvelles familles. Des particuliers, conventionnés avec Utopia 56 Lille, hébergent des mineurs non accompagnés, laissés à la rue par le département. Les mineurs, en arrivant à Lille, doivent passer un entretien, qui laissera au département le soin de juger si oui ou non ils sont mineurs. Lorsqu’ils ne sont pas reconnus mineurs, de longues procédures juridiques se lancent pour contester cette décision. C’est dans l’attente de leur reconnaissance de minorité que ces jeunes sont hébergés au sein de notre réseau d’hébergement citoyen. Utopia 56 Lille accompagne ces jeunes dans leurs procédures juridiques, les oriente vers des avocats et les aide à récupérer les documents nécessaires. Nous les accompagnons également dans leurs démarches de scolarisation.

Sur le terrain, nos activités continuent, avec permanences juridiques au local, moments de détente et d’échanges, collecte de dons et distribution.